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Denicolai & Provoost

Italie, 1972 et Belgique, 1974
vivent et travaillent à Bruxelles


Denicolai & Provoost, duo de plasticiens travaillant ensemble depuis 1997 recourent volontiers à une métaphore animalière pour le moins surprenante afin de définir leur pratique. C’est en effet le ver de terre, cet animal qui se nourrit de son environnement, le digère pour ensuite avancer par excrétion motrice, qu’ils ont choisi comme emblème de leur démarche générale. En bons Kunstwürme, ils nourrissent leur pratique artistique d’une réceptivité intégrée, sélective et multidirectionnelle des inputs sociétaux. En tant que binôme d’artistes, définissant par là même un premier espace de partage social, un premier stade de ce que l’on peut appeler un espace commun et partagé, ils réfléchissent, investiguent de façon souvent liminale les notions même d’espaces privé et public. Avec eux, souvent, l’espace public se privatise ou, a contrario, l’espace intime devient public.

Avec Denicolai & Provoost, il est aussi naturel de parler de porosité sémantique, de déplacements, de contournements, de renversements des codes et des langages, de quelque nature qu’ils soient d’ailleurs (idiomatique, plastique etc.).

Nous présentons ici More Light, leur dernière édition, qui se présente comme un classeur blanc édité en 40 exemplaires par More Publishers. Ces classeurs sont marqués sur leur tranche à l’aide d’un film adhésif dichroïque irisé et réfléchissant de l’inscription éponyme More Light : Ils présentent à l’intérieur une série d’intercalaires aux dénominations évocatrices et poétiques telles que Moons, Rainbows, Rays, Darkness, Stars, Fireworks, évoquant tous l’idée de lumière, ou a contrario d’obscurité. L’édition, à la fois réfléchissante et rayonnante, s’offre à la fois comme un appel à plus de lumière, réelle ou métaphorique, une invitation à en rechercher, contempler, cataloguer des représentations ou des captations fugitives, mais aussi comme une invitation paradoxale à l’enfermer et l’archiver, comme s’il s’agissait d’un phénomène en voie de disparition ou en déliquescence. Ces classeurs, dont 5 sont présents dans l’espace d’exposition comme une proposition sculpturale, font aussi l’objet d’une activation participative intégrée dans notre centre de documentation, à l’occasion de stages pédagogiques. Fossil I, II, III, IV, V sont des éditions limitées et épuisées de tampons de bureau, éditées entre 2012 et 2015, souffrant, pour reprendre leurs propres termes de « mégalomanie administrative » : ils impriment en effet, suivant le principe de la linogravure, des sommes négatives, le déficit affiché croissant avec la taille du tampon. Nous serions plutôt tentés dans le contexte actuel, de les interpréter, comme une revendication salutaire et critique de réalisme financier, remettant en cause les sacro‑saints principes de l’orthodoxie budgétaire. Enfin Ciucco (2020, Éditions keymouse) se présente sous la forme d’une pièce murale en diptyque vertical, parodiant, en en reprenant le nom, un jeu de dés italiens dont Denicolai & Provoost détaillent les règles d’un œil à la fois critique et distancié. L’adjectif italien pourrait en français se traduire par bourré, beurré, confit. Face à cette course aux points à laquelle ce jeu de dupes et de hasard convie les humains, un bouc de montagne fixe le spectateur de façon interrogative lorsque le diptyque est fermé.

English

Denicolai & Provoost, a duo of visual artists who have been working together since 1997, readily use an animal metaphor that is surprising to say the least, in order to define their practice. It is indeed the earthworm, this animal that feeds on its environment, digests it and then moves forward by motor excretion, which they have chosen as the emblem of their general approach. As good Kunstwürme, they nourish their artistic practice with an integrated, selective and multidirectional receptivity of societal inputs. As a pair of artists, thereby defining a first space for social sharing, a first stage of what we can call a common and shared space, they reflect, and investigate, in a frequently liminal way, the very notions of private and public spaces.

With them, public space is often privatized or, conversely, the private space becomes public. Out of their concern for democratic and participatory dissemination, characteristic of the challenges of their work, they engage in an intense and diversified production of artists’ editions, with different partners.

Here, we present More Light, their latest art multiple, which takes the form of white binders published in 40 copies by More Publishers. These binders are marked on their edge with an iridescent and reflective dichroic adhesive film with the eponymous inscription More Light: They have inside a series of dividers with evocative and poetic names such as Moons, Rainbows, Rays, Darkness, Stars, Fireworks, all evoking the idea of light, or conversely, of darkness. Both reflective and radiant, the publication serves both as a call for more light, real or metaphorical, an invitation to search for it, contemplate it, catalogue fleeting representations or captures of it, but also as a paradoxical invitation to lock it up and archive it, as if it were a disappearing or decaying phenomenon. These binders, of which 5 are present in the exhibition space as a sculptural offering, are also made available in our documentation centre for active use during educational internships. Fossil I, II, III, IV, V are limited and out of print editions of customized office stamps, published between 2012 and 2015, suffering, to use their own words from « administrative megalomania »: they indeed print, following the principle of the linocut, negative sums, with higher negative sums matching the increasing height of the stamps. We would rather be tempted in the current context, to interpret them as a salutary and critical demand for financial realism, calling into question the sacrosanct principles of budgetary orthodoxy. Finally, Ciucco (2020, Éditions keymouse) is presented in the form of a wall piece in a vertical diptych, parodying, by borrowing its name, an Italian dice game of which Denicolai & Provoost detail the rules with an eye that is both a critical and detached. The Italian adjective could be translated in English as pickled, drunk, potted. Faced with this race to score points in which this game of deception and chance tempts humans to engage, a mountain goat stares questioningly at the viewer when the diptych is closed.