Pierre Alechinsky
Belgique
,1927
- Écrivain
- Graveur
- Illustrateur
- Peintre
Né à Bruxelles en 1927, fils unique de parents médecins, Pierre Alechinsky grandit avec une particularité singulière : ambidextre contrarié, il écrit de la main droite mais dessine de la main gauche. Après un parcours scolaire médiocre à l’école Decroly d’où il est exclu en 1944, il s’oriente vers les arts plastiques. De 1944 à 1948, il étudie la typographie et l’illustration du livre à l’École nationale supérieure d’Architecture et des Arts décoratifs (La Cambre) à Bruxelles dans l’atelier de Joris Minne, tout en s’initiant en autodidacte à la peinture sous les encouragements de Serge Creuz.
Son engagement artistique prend un tournant décisif lorsqu’il rejoint le groupe Jeune Peinture Belge en 1947, puis le mouvement avant-gardiste CoBrA en 1949 aux côtés de Karel Appel, Christian Dotremont et Asger Jorn. Il crée alors à Bruxelles la maison communautaire « Les Ateliers du Marais », qui devient un centre de recherches et d’accueil phare pour le groupe.
En 1951, Alechinsky choisit de s’installer en France. Il approfondit sa maîtrise des arts graphiques à Paris en étudiant la gravure à l’Atelier 17 auprès de Stanley William Hayter, qui lui transmet un goût indéfectible pour le cuivre et l’acide. Sa première exposition personnelle parisienne a lieu en 1954. L’année suivante, poussé par Walasse Ting, il entreprend un voyage en Extrême-Orient où il réalise le film Calligraphie japonaise. Cette expérience affine un trait fluide et gestuel qui ne le quittera plus : avec un pinceau ramené de Kyoto, il fait communiquer l’eau-forte, la lithographie, le dessin et la peinture dans une ligne d’une remarquable homogénéité.
L’année 1961 marque son premier voyage à New York, ville où il séjournera régulièrement. C’est en 1965 qu’il réalise Central Park, sa première peinture acrylique entourée de « remarques marginales », un dispositif visuel devenu sa véritable signature artistique. Sa maîtrise des arts imprimés est consacrée dès 1966 par le Prix de la Triennale de la Gravure à Bruxelles et le Prix de la Biennale internationale de la gravure à Cracovie. Pour structurer sa création, il installe en 1967 un atelier de gravure à Bougival – dirigé par Jean Clerté jusqu’en 1984 – tandis qu’Otto Van Loo publie à Munich un premier catalogue récapitulant 279 de ses estampes.
La reconnaissance institutionnelle s’amplifie au fil des décennies. Après une première rétrospective au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1969, il collabore étroitement avec Christian Dotremont pour des travaux à « deux pinceaux » en 1972, l’année où Yves Rivière répertorie plus de 600 de ses estampes. Ses travaux sont exposés au Musée d’Art moderne de la ville de Paris en 1975, puis au Museum of Modern Art (MoMA) de New York en 1981 lors d’une rétrospective consacrée à ses livres et gravures. En 1987, le Salomon R. Guggenheim Museum de New York lui consacre l’exposition Margin and Center, centrée sur ses peintures à remarques marginales.
Parallèlement à ses ateliers de Bougival et de Provence (installé en 1988), Alechinsky répond à d’importantes commandes publiques et architecturales : décorations du Salon d’attente du Ministère de la Culture à Paris (1985), peinture monumentale avec estampages au Ministère des Finances (1989), création d’une salle permanente au Musée-Bibliothèque Pierre-André Benoît d’Alès (1992), ou encore la décoration de 54 pièces uniques en porcelaine de Sèvres pour le Palais de l’Élysée et la création de décors pour le Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles en 2000. Il réalise également une peinture monumentale couplée à un poème d’Yves Bonnefoy rue Descartes à Paris en 2001, ainsi qu’un carton de tapisserie pour la Manufacture des Gobelins.
Tout au long de son parcours, l’imprimerie et le livre restent le cœur battant de son œuvre. Multipliant les rétrospectives consacrées à ses cinq décennies d’imprimés – d’Oaxaca à Genève, de La Louvière à Poznan, Varsovie et Cracovie –, il multiplie les collaborations littéraires et artistiques avec des figures telles que Michel Butor, Amos Kenan, Joyce Mansour ou Pierre André Benoît. Comme il le résumait lui-même en 1975 : « Je suis un peintre qui vient de l’imprimerie ».
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