Un mois une estampe

Chaque mois, une estampe faisant partie de notre collection est mise en lumière. Elle fait l'objet également d'un accrochage au Centre de la Gravure et d'un feuillet disponible à notre comptoir-boutique. Ce mois-ci :

Marcel Broodthaers [ Belgique 1924- 1976 ]

La souris écrit rat

Année de création : 1974

Lithographie sur papier, 100/150 - Dimension du papier : 76 x 57 cm  -  Collection de la Communauté française en dépôt au CGII  -  Numéro d’inventaire : OE 227


 

Né à Saint-Gilles en 1924, Marcel Broodthaers publie son premier recueil de poèmes « Mon livre d’Ogre » en 1957 avant de faire son apparition sur la scène artistique. Daté de 1964, ce passage d’une discipline à l’autre traduit l’intérêt du poète pour les arts plastiques. Si dans les années 40, il fréquente les surréalistes parmi lesquels se trouve le jeune Dotremont, les années 50 et 60 l’amènent à se tourner vers la création contemporaine internationale présentée notamment au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. À l’occasion de sa première exposition personnelle, à la galerie Saint-Laurent, il rédige un texte dont la première phrase deviendra célèbre :

Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie…

Cette déclaration provocatrice traduit sa pleine conscience du contexte sociologique de l’œuvre d’art devenue une véritable marchandise. Dès lors, bien qu’influencé par Magritte et Duchamp, l’artiste-poète entreprend une critique de ce marché dans un langage plastique qui lui est propre. Ses premiers travaux, à l’instar de ses moules désormais iconiques, se présentent sous la forme d’objets simples matérialisant autant de concepts mis en image. Ses réflexions ultérieures, dans la continuité des événements de 68, le poussent à créer son « Musée d’Art Moderne », parodie subversive des instances culturelles en Belgique.

Hétérogène (films, poèmes, objets, etc.), l’œuvre de Broodthaers explore aussi le domaine de la gravure et de l’art imprimé.  « La souris écrit rat » est une lithographie de 1974 dont l’image est tirée d’un manuel de jeux d’ombres et montre, en haut à gauche, l’ombre d’un chat, accompagnée, en bas à droite, de bras et de mains dont la position singulière est à l’origine de cette silhouette illusoire. De cette gravure, il existe deux séries distinctes par la couleur utilisée pour imprimer le titre (ici, le rouge). Celui-ci, inscrit au sein même de l’image, associe le prédateur et la proie en jouant sur la sonorité du présent et du futur du verbe « écrire ».


⇒ la vidéo de Nathanaël Thiry sur FB avec Véronique Blondel