Un mois une estampe

Francis De Bolle

Sans Marges

2018

Gravure sur bois
Éditeur : Carpe diem
Dimensions : ​32,6 x 50,5 cm


 

Francis De Bolle est né à Ixelles le 30 décembre 1939. Il étudie la peinture à l’École supérieure Saint-Luc de Bruxelles auprès de Gaston Bertrand, avant d’y enseigner lui-même la gravure. Il se lie d’amitié avec l’artiste graveur Gustave Marchoul. 

En 1963, il remporte le Prix Berthe Art pour la peinture, participe à la fondation du Groupe Cap d’Encre qui vise à la promotion de l’art de l’estampe en Communauté française, et apporte alors sa contribution à l’édition des cinq porte-folios de ce groupe. Dans sa pratique de la pointe sèche, De Bolle accorde une place importante aux esquisses préalables. Spontanées, elles s’inspirent d’un souvenir, d’une perception ou d’une vision toute personnelle et deviennent traces, ruptures et reprises. Retravaillées, elles font l’objet de projets successifs qui sont ensuite sélectionnés pour le travail de gravure. Les réseaux de nervures, les traits ébauchés, les noirs et les blancs qui s’en dégagent traduisent la tension vitale et le questionnement existentiel qui animent l’artiste. 

En 1977, De Bolle obtient le Prix triennal de Gravure de Belgique grâce à une performance technique : à partir d’une seule plaque de cuivre, il imprime 74 gravures à la roulette et au grattoir qui sont successivement modifiées, en constante métamorphose. Cette série unique d’eaux-fortes acquise par le Centre de la Gravure, présente donc septante-quatre états différents, comme des arrêts sur des images en mutation, ou comme un dessin animé onirique. 

Fin des années 1970, l’artiste exécute des linos avec une ferveur experte - tissus de stries courbes ou parallèles, paysages gravés de multiples sillons ouverts à bien des cheminements possibles, formes inventées qui se nourrissent du réel, ciel, terre, présence humaine. Dans les années 1980, la gravure sur bois impose son rythme impétueux et rude. On voit des avancées figuratives où le langage se situe aux confins de l’abstraction et de la figuration et où le dessin constitue toujours le moteur même de la stratégie créatrice, un dessin libre, mais très contrôlé qui capte les instants fugitifs de la vie et les élans vitaux qui conjuguent force et douleur. On observe, on déchiffre. L’éclatement d’un corps ou d’un visage éparpille ses signes intimes à tous vents. En 1999, la Province du Brabant wallon lui commande deux vitraux abstraits pour le Palais provincial à Wavre. En 2007, il reçoit le Prix Gaston Bertrand. 

Sans marges est une gravure sur bois imprimée sur papier japon. Bien qu’elle simule la spontanéité du geste libre d’un pinceau aquarellé, qu’elle exprime une certaine détente dans la nudité du corps ou encore, par le contraste entre les vides clairs et les noirs, une idée de silence et d’absence, tout y est pourtant maîtrise et structure : l’usage même de la gouge qui creuse les sillons dans le bois l’impose. En réalité, la figuration n’est qu’allusive, elle signifie l’instant, la rencontre, le nerf à vif, la vie, et s’intègre à l’espace graphique et pictural en un univers tantôt net, tantôt flou. De cette figure légère se dégage une certaine tension à peine dissimulée.