Un mois une estampe

Antoni Tàpies

Portail

1983

Aquatinte et eau-forte, 12/50
Éditeur : Galerie Maeght Lelong
Imprimeur : Atelier Lelong
Dimensions du papier : 122 x 80 cm
Collection Centre de la Gravure
Numéro d’inventaire : OE0971

Antoni Tàpies est né à Barcelone en 1923. S’intéressant très tôt à la peinture et au
dessin, l’adolescent aura pour décor la guerre civile de 1936 à 1939. Après cette
période tragique, sa santé fragile le contraint à deux années de convalescence
durant lesquelles il lit beaucoup, dessine et s’imprègne de philosophies humanistes.
À la fin des années 40, il se lie d’amitié avec un petit groupe d’artistes et
d’intellectuels avec lesquels il fonde, en 1948, Dau al set, un journal d’art et de
poésie clandestin. Par l’intermédiaire de l’un deux, le collectionneur Joan Prats, il
rencontre Miró. Marqué à ses débuts par le surréalisme (avec la pratique de l’automatisme)
sur lequel il fonde sa pensée, Tàpies s’en distanciera par la suite pour
évoluer vers une forme d’abstraction avec ses peintures dites matiéristes dans les
années 50. En France, Jean Dubuffet travaille avec des surfaces comparables à
celles de Tàpies.

À l’époque du Dau al set, l’artiste s’essaie à ses premières gravures, au burin puis à
l’eau-forte. Pour cette dernière technique, il recevra le Grand Prix de la Biennale de
Ljubljana en 1967. Très intense et variée, l’oeuvre graphique de Tàpies fait naturellement
écho à ses peintures. D’une esthétique informelle, son oeuvre questionne
la relation entre le concret et l’abstrait tout en accordant une attention particulière
au vide. À cela s’ajoute, un goût pour le signe qui enrichit son univers de symboles
reconnaissables entre tous. Il faut souligner l’importante collaboration de l’artiste
avec la galerie Lelong (Paris) dès 1967, et ce grâce à un article du poète et critique
d’art Jacques Dupin sur l’artiste catalan. En 1990 est inaugurée, à Barcelone, la Fondation
Tàpies qui vient renforcer sa renommée déjà bien assise par de nombreuses
expositions.

Datée de 1983, l’estampe Portail a été réalisée par Tàpies à l’aquatinte et à l’eauforte.
Bien que non figurative, cette planche n’est pas sans évoquer la découpe
d’un portail. S’il est incontestable que les images de l’artiste se prêtent volontiers
à des prolongements ou interprétations poétiques, métaphysique ou politiques,
c’est toujours par leur contenu et jamais par leur titre. Dans une de ses préfaces
intitulée Le corps immense du vide, Jean Frémon précise : « Tàpies ne représente
pas, ne démontre pas, ne manifeste pas ; il peint, même si ce faisant – et pourquoi
pas ? – il représente, démontre ou manifeste. »