Artiste

André

Heurtaux

France, 1898 – 1983

“André Heurtaux n’a quitté l’emploi de bureau qu’il occupait depuis l’âge de quatorze ans qu’en 1936. Sa carrière est donc d’abord celle d’un amateur, dont les dessins et les peintures des années vingt sont nettement marqués par le cubisme assagi d’André Lhote. La fréquentation d’un dessinateur de L’Assiette au beurre l’engage parallèlement dans le dessin humoristique dont il essaiera de vivre à la fin des années trente (sous la signature d’Arto). Éconduit du mouvement Abstraction-Création par Georges Vantongerloo, il exposera toute sa vie au salon des Surindépendants. Il n’aura sa première exposition personnelle à la galerie Denise René, à Paris, qu’en 1972. Dès les années 1933-1934, André Heurtaux dépasse les contraintes de la figure abstraite se détachant sur un fond, au profit d’une structuration globale de la toile, qui doit beaucoup aux Contre-compositions de Theo Van Doesburg. Sa formule personnelle est dominée par les emboîtements et les diagonales ainsi que par un usage de tons rompus. À partir de 1950, il travaillera beaucoup par séries, reprenant parfois une composition antérieure pour en poursuivre plus avant la logique. La Composition n°95 est très représentative de cette recherche qu’André Heurtaux a pour ainsi dire dérivée du Néo-plasticisme. Les fausses diagonales ont remplacé les obliques parallèles, de plus elles sont en conflit avec les lignes orthogonales et produisent avec ces dernières des sortes d’emboîtements. Ces lignes, formées par le (dé)partage des plans colorés, ne sont pas matérialisées. Comme le souligne Serge Lemoine, « Si le jeu avec le stable et l’instable fait de chaque tableau une gageure, en revanche le goût manifeste pour les tonalités assourdies, indéfinissables, posées d’une manière homogène par une brosse maîtrisée, dans un effort de régularité et de sobriété, crée une harmonie décorative très douce et très personnelle. Certains accents d’élégance dans cette gamme puriste qu’André Heurtaux a toujours affectionnée dès ses tableaux cubistes, quand les valeurs se brisent dans les demi-teintes rapprochées, contribuent à suggérer une impression de calme feutré. ».

Christian Besson