Artiste

Robert

Motherwell

Etats-Unis, 1915 – 1991

Peintre, graveur, éditeur, critique d’art

Mouvement : Expressionnisme abstrait

Robert Motherwell, né le 24 janvier 1915 à Aberdeen (Washington, États-Unis) et mort le 16 juillet 1991 à Provincetown (Massachusetts) est un artiste américain associé à l'Expressionnisme abstrait.

‘For a painter as abstract as myself, the collages offer a way of incorporating bits of the everyday world into pictures.’

Il fut à la fois peintre, graveur, éditeur et critique. Figure majeure de l’Expressionnisme abstrait, il fut l’un des seuls à consacrer une large part de son travail au domaine de l’imprimé.

La particularité de la formation de Robert Motherwell est d’être à la fois théorique et plastique. En effet, dès 1932, l’artiste entreprend des études de peinture, de philosophie et d’histoire de l’art. Il éprouve également un grand intérêt pour la littérature, la musique et la psychanalyse. Les titres de certaines de ses œuvres reflètent son goût pour les belles-lettres, ainsi Mulligan’s Tower (1983) évoque Ulysse de James Joyce, The Red Queen (1989) Alice de Lewis Caroll.

Influencé par les artistes surréalistes qu’il rencontre lors de ses voyages en Europe en 1935 et en 1939, il retient de ce mouvement le concept d’automatisme, qu’il développera tout au long de son œuvre à travers le dessin. Les formes simples et les aplats de couleur présents dans les oeuvres de Matisse et Mondrian vont également marquer ses débuts de peintre.
Heurté par la guerre civile espagnole, il crée une série de peintures abstraites, ‘Elegy for the Spanish Republic’, produisant une centaine de variations entre 1949 et 1976, empreintes du thème de l’enfermement. Ses toiles sont larges, les formes privilégiées : ovales et rectilignes, la palette de couleur restreinte au noir et blanc, symbolisant la mort et la vie, l’angoisse et l’éclat. En 1967, sous le titre ‘Open serie’, et comme une réponse personnelle lancée aux peintres du Color Field, il décline une nouvelle série sur la thématique de la fenêtre, développé notamment par Matisse ; métaphore de la relation entre le monde intérieur des émotions et le monde extérieur des sens.
Robert Motherwell se consacre également à l’enseignement et à l’écriture. En 1944, il dirige ‘The documents of Modern Art’, un ensemble de témoignages et de documents consacrés à l’art moderne.

Ses premiers essais gravés remontent à 1943 lorsqu’il fréquente l’Atelier 17 de Stanley William Hayter à New York. Cette année correspond également à ses premiers essais de collage, qu’il expérimente dans l’atelier de Jackson Pollock. Ce n’est qu’à partir de 1961 qu’il se consacre véritablement à l’image imprimée, et ce jusqu’à la fin de sa vie, témoignant d’un intérêt équivalent pour la peinture et la gravure.

Certaines de ses estampes dérivent d’un travail identique en peinture. Poet I et Poet II (1962), ses premières éditions, préexistaient sous la forme de collages. Des thèmes propres à ses séries de peintures sont intégrés aux estampes. A partir de 1968, Motherwell va reprendre la thématique de l’Open serie ; ainsi dans l’estampe ‘Mezzotint in Indigo (1969) voit-on se détacher une double forme rectangulaire. Le sujet des Elégies apparaît quant à lui à partir de 1975.

Le collage deviendra sa technique de prédilection, usant de paquets de cigarettes, d’étiquettes de vin, d’emballages divers voire même de morceaux déchirés d’épreuves antérieures. Ils deviennent les fragments témoins de son quotidien. La première tentative d’insertion d’éléments de collage dans ses estampes donne naissance à la série ‘Gauloises Bleues’ (1968), dont le bleu caractéristique de cette marque le séduit.

Robert Motherwell éprouve une véritable passion pour le travail en série, créant un grand nombre de variations sur un thème. Il explore les diverses possibilités du collage à travers la série Summer light (1973), mêlant collage et lithographie. Cette technique se retrouve également au cœur d’une série ultérieure, America-La France Variations (1984), pour laquelle il transforme chaque estampe en un exemplaire unique, par le collage ou l’addition de couleurs.

Son parcours gravé est également marqué par de nombreuses collaborations, dont certaines seront plus influentes; l’imprimeur Irwin Hollander, le graveur Donn Steward qui l’initie à la manière noire, l’imprimeur Kenneth Tyler avec lequel il va perfectionner la technique du collage.

Aux estampes s’ajoutent également plusieurs livres d’artistes. Le premier, A la pintura, réalisé en 1972, présente un ensemble de gravures liées au thème de l’Open serie, sur base d’un poème du peintre Rafael Alberti. Les mots du peintre l’inspirent pour un second, El Negro (1983), pour lequel il use d’une large palette d’encres lithographiques noires.
Enfin, en 1985, il illustre Ulysse de James Joyce, auteur de prédilection auquel il faisait souvent référence à travers ses titres, et ce, depuis ses débuts.


Marie Van Bosterhaut, octobre 2008