Vladimir Velickovic par Jean-Louis Pradel

Né à Belgrade en 1935, Vladimir Velickovic n’a jamais oublié les pendus que découvrait son regard d’enfant dans un pays soumis à la terreur nazie. Après un diplôme de la faculté d’architecture de Belgrade, la peinture le conduit en 1962-1963 à Zagreb, dans l’atelier d’Etat dirigé par Krsto Hegedusic, puis à Paris où le fixe, en 1965, le prix de peinture obtenu à la Biennale. Dès ses premières œuvres, la virtuosité de son écriture impulsive explore les ténèbres infernales où l’horreur le dispute au néant. De La Cave, en 1959, aux épouvantails de 1963 et aux gibets de 1970, se met en place un univers peuplé de rats et d’oiseaux morts, de corps torturés et de chutes terrifiantes. Ce récit apocalyptique, ancré à l’Enfer de Dante et au Retable d’Issenheim, autant qu’aux photographies de Muybridge ou aux reportages de guerre, se conjugue au présent des prémonitions fatales et se forge aux braises d’une mémoire brûlante. La pulsion de mort chevillée au corps, Vladimir Velickovic affronte l’indescriptible silence, l’absurde course contre la montre, les élans rompus du désespoir. Partout, l’indomptable barbarie défie le travail du peintre. Aux antipodes de la figuration pop, loin des engagements immédiats, des leurres de la société de consommation et des images brillantes, cette descente aux Enfers ne cesse de tutoyer la nuit des tableaux impossibles. Frère d’arme de Grünewald, Goya, Bacon ou Saura, «architecte et stratège, bâtisseur d’épouvante», selon André Velter, Vladimir Velickovic bouscule toutes les frontières stylistiques. L’expressionnisme du trait, le lyrisme du décor, la somptuosité des lumières de fin du monde décrivent des espaces désertés, le ciel vide d’une terre à feu et à sang, le sol déchiqueté du désastre sur lequel veillent les gibets, après que les formes ont été arrachées à elles-mêmes et que la peau des hommes a été obstinément mise en lambeaux.

Jean-Louis Pradel, in «La figuration narrative», Paris, Editions Hazan, 2000, p.208.


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